Sūtra I.4
Le piège de l'illusion – Quand on s'oublie dans la tempête
Vṛtti sārūpyam itaratra
Ce quatrième sutra est sans doute l'un des plus réalistes et des plus déculpabilisant. Il nous dit en substance : « Voilà ce qui se passe le reste du temps (itaratra), quand l'esprit n'est pas au repos. »
Si le lac est agité par le vent et que l'eau est trouble, nous oublions le fond du lac. Nous faisons une erreur fondamentale : nous nous confondons avec les vagues.
Si une pensée de colère traverse notre esprit, nous pensons : « Je suis en colère ». Si une vague d'inquiétude surgit, nous pensons : « Je suis quelqu'un d'angoissé ».
Nous devenons des caméléons de notre propre mental. Nous collons notre identité sur chaque émotion, chaque croyance, chaque conditionnement ou chaque souvenir qui passe, au point d'oublier que nous sommes simplement le ciel qui regarde passer les nuages.
Dans notre quotidien
Ce sutra met en lumière le mécanisme du stress et de la fatigue mentale. Quand la journée est dense, nous nous laissons happer par le film de nos pensées. Nous croyons être ce film.
Le yoga nous apprend à créer un pas de recul. L'espace d'un instant, sur le tapis, on observe la vague de fatigue ou d'agacement monter… et on la regarde redescendre, sans l'attraper. On réalise que la vague passe, mais que nous, nous restons. Nous ne sommes pas nos pensées ; nous sommes l'espace qui les accueille.
Le mot d'Agnès
Ne vous blâmez jamais d'avoir l'esprit agité. Patanjali lui-même nous explique que c'est le fonctionnement normal de l'être humain non entraîné. Reconnaître que l'on est pris dans le tourbillon, c'est déjà faire le premier pas pour en sortir.
Ces quatre premiers sutras forment les fondations de tout le texte. Le grand voyage est lancé ! Dès le mois prochain, nous explorerons concrètement la nature de ces fameuses vagues (les Vrittis).

